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Le Problème des mortalités des abeilles : la piste des « mécanismes de défenses de la colonie avec émission de phéromones ». Jean Luc FERTE

By 7 octobre 2016 No Comments

Le problème des mortalités des abeilles reste le problème n°1 de l’apiculture française.

La recherche pour résoudre le problème des mortalités d’abeilles, semble rencontrer des difficultés. La recherche stagne et malgré l’interdiction de certains produits, le problème demeure et refait surface d’année en année, apparemment inchangé. Il convient de notre point de vue, de ne pas écarter certaines orientations, trop vite négligées.

A côté de la piste des pesticides encore trop incertaine dans ses effets exacts et les éventuelles causes multifactorielles, malgré la dangerosité potentielle de ces produits, nous voulons attirer l’attention sur l’orientation de recherche envisageant la possibilité d’un problème de fond lié à la colonie elle-même. En complémentarité avec la prise en compte de facteurs exogènes à la ruche, nous envisageons celle de facteurs endogènes. C’est ce dernier point que nous voulons aborder et exposé ici.

La piste des comportements de régulation interne et des mécanismes de défenses de la ruche en tant que facteur d’affaiblissement de la colonie. Résumé.

 

Rappel : Nous ne sommes pas sans ignorer que chez l’abeille, le social prime sur le collectif. Il nous faut donc toujours avoir à l’esprit que le problème de santé de l’abeille se pense non seulement au niveau individuel, mais aussi et surtout, à celui d’un collectif de 30 à 60 000 individus dont les membres sont en interactions constantes. C’est à ce niveau de la colonie considérée comme un organisme social que nous aborderons ici, le problème de l’affaiblissement des ruches.

Principe :

Nous considérons donc, la colonie comme un système social disposant de la capacité de se réguler pour se maintenir dans le temps.

Le raisonnement repose sur l’idée qu’un système social aussi complexe que celui de la colonie d’abeilles ne peut fonctionner ni se maintenir sans dispositifs régulateurs pour faire face à toutes les perturbations qui surviennent aléatoirement dans le déroulement des cycles naturels. L’abeille subit en effet dans son environnement toute une série de divers stress plus ou moins aigus, parfois violents, à commencer par ceux venant de ce que l’on appelle les grands stresseurs primaires. Ces stresseurs sont principalement « le froid, la faim et le « maitre des abeilles » lui-même » par ses interventions, c’est-à-dire les stresseurs climatiques, alimentaires, anthropiques et aussi, éventuellement, bien sur, ceux purement physiques ou chimiques. En tant qu’animal social et pour assurer la survie de la colonie, l’abeille, collectivement, va être contrainte de réagir pour rétablir son équilibre et résister.

Les membres de la colonie communiquent entre eux, notamment à travers le langage de la danse des abeilles découvert magnifiquement par Karl Von Frisch. Mais à côté de cela, nous savons également que l’essentiel des communications chez les insectes sociaux passent par le biais de l’émission de médiateurs chimiques : les phéromones.

« La majeure partie des coordinations sociales à l’intérieur de la ruche nous est tout à fait inconnue » nous disait Rémy Chauvin (qui a découvert avec son équipe, la phéromone royale) dans l’Abeille et moi, et cela reste vrai aujourd’hui encore. En ceci, la ruche demeure un domaine relativement obscur et nous sommes loin d’en connaitre tout, notamment en ce qui concerne les relations sociales et les multiples phéromones secrétées par les abeilles, que ce soit dans leur identification ou dans leur fonctionnement.

Nous pouvons en effet, supposer que certaines de ces substances émises en interne, peuvent avoir une action de fond, non négligeable, sur le comportement même de la colonie et son état.

Notre hypothèse est que les colonies soumises à des chocs successifs de nature diverses, plus ou moins brutale, ou bien exposées à la répétition d’un grand stress primaire, ou bien encore, suite à un processus de cumulation de cette variété de stress en provenance du milieu extérieur, (qu’ils soient d’origine physique, climatique, alimentaire, anthropique ou autres), peuvent réagir à la menace, en émettant un signal, une sorte de phéromone en l’occurrence une « phéromone de défense » particulière, à un degré plus ou moins élevé selon l’intensité, les conditions du stress, les périodes de l’année, les moments de la journée, etc. et que cette substance secrétée va faire effet un certain temps, à la façon d’un mécanisme de rétroaction négative.

Nous pouvons supposer que cette ou ces substances émises ont un certain effet négatif dans la mesure où elles vont avoir pour résultat de faire baisser l’activité de développement de la ruche, voire de provoquer son arrêt, de stopper son activité un peu comme un hérisson qui voit un danger, se met instinctivement en boule, ou bien, un bateau qui, lorsque la tempête arrive, rabat ses voiles.

Cette substance diffusée pourrait avoir la capacité de ralentir, de freiner ou même de maintenir la colonie dans un état de quasi-paralysie ou « léthargie », à un niveau plus ou moins fort, pour un temps plus ou moins long, selon un mode plus ou moins réversible.

Au bout du compte, nous pouvons concevoir que cette réponse au stress sous la forme d’une action de blocage ou de semi-blocage, sur la reine, et par ce biais sur la ruche, peut avoir pour conséquence, suite à un excès, si l’effet dure, seule ou conjuguée à d’autres troubles, de provoquer un affaiblissement global de la colonie qui, selon les situations et l’intensité, pourrait se révéler être irréversible, voire fatal.

Objectif :

Nous pensons pouvoir contribuer ainsi à expliquer, nombre de faits empiriques particuliers observés sur le terrain, dans la durée, comme la grande variabilité des mortalités hivernales d’abeille d’une année sur l’autre allant jusqu’à un écart de 1 à 2 au niveau national, d’une région à l’autre, d’un apiculteur à l’autre, parfois voisin dans une même région. Il nous sera peut être possible d’apporter des éclaircissements, non seulement au problème de l’affaiblissement des colonies mais également, à celui tout aussi grave pour l’apiculture, des nombreuses ruches improductives sans raisons apparentes et de la forte irrégularité de la puissance des colonies dans les ruchers.

Si cette hypothèse était considérée comme porteuse, dans le cadre d’une recherche apicole multifactorielle, l’un des objectif de la recherche en complémentarité avec d’autres, serait  donc, de poursuivre le travail déjà accompli dans ce domaine, afin d’isoler cette (ou ces) substance endogène propre à la ruche, d’identifier sa (leur) nature, d’étudier son (leur) mode de dégradation éventuel, et de dévoiler ses (leurs) mécanismes d’action afin de mieux la (les) connaître et nous permettre d’agir.

Nous ajoutons que ce programme de recherche qui peut paraître ambitieux en lui même, est le type même de projets qui se prêtent à une collaboration entre divers pays si ceux-ci sont intéressés, de façon à mutualiser les moyens.

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